La Newsletter de Louise Hourcade

Courrier du coeur

#43 : Chère Loulou, qu’est-ce que je vais faire de ma vie ?

Courrier du cœur #1

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Louise Hourcade
août 01, 2025
∙ abonné payant

Hi sweet pies ! 🍰

J’espère que vous vous portez bien en cette merveilleuse date du 1er août, qui présage de bien des plaisirs !

De mon côté, je suis en plein dans le dernier sprint avant le grand départ*. Pour me faire tenir, il n’y a que le décompte mental du dernier kilomètre et l’image d’Épinal que je me fais de mes trois semaines (et demi 🥲) de vacances. Je tape encore sur mon clavier comme un automate, mais une partie de moi est déjà sur la terrasse d’un joli village de l’Aubrac devant un bon roman, des tartines et un café fumant.

*Tout se goupillait tellement bien, c’en devenait presque louche : missions bouclées, factures envoyées, j’ai même poussé le zèle jusqu’à publier un petit ✨post Linkedin ✨. Il me restait quelques heures pour jouer les freelances modèles : j’ai repensé aux tips de mon dernier Power at Work - ma chronique pour Voxe - et m’en suis gaiement allée rédiger un message d’absence, que j’ai bien sûr souhaité plein de fraîcheur et d’humour. Je devais être un peu frustrée qu’il ne soit lu que par trois gus en août, parce que j’ai fini par l’envoyer à toute ma liste de contacts pro et perso... Depuis, j’essaie de me concentrer sur mon sac de rando pour oublier, mais c’est pas facile - une copine vient gentiment de m’informer l’avoir reçu en 17 exemplaires. Voilà, c’était le passage “imparfaits mais heureux”.

Bref. Aujourd’hui, je vous présente un nouveau format questions-réponses, né de deux envies : vous laisser un peu plus de place dans cette newsletter, et remercier les bonnes âmes qui me soutiennent financièrement (seules ces dernières pourront m’envoyer leurs questions).

Bien sûr, je n’invente rien : les “courriers des lecteurs” existent depuis toujours et tous les grands médias y ont recours. Cette idée m’a aussi été inspirée par les Q&A de Haley Nahman et Heather Havrilesky, dans lesquelles les deux journalistes répondent aux questions de leurs lecteur·ices avec tout le recul, la sincérité et la bienveillance que permettent la distance et l’anonymat. Et puis, par tous les longs mails que j'ai échangés en privé avec vous ces 4 dernières années.

Je trouve toujours assez précieux, quand une question nous prend la tête, d’avoir recours à un regard extérieur, neutre, débarrassé des étiquettes que nos proches peuvent nous avoir collées sur le front à 8, 14 ou 20 ans. Et si ces derniers sont souvent les meilleurs interlocuteurs possibles, ils peuvent avoir des raisons de ne pas être 100% honnêtes avec nous : peur d’être blessants ou intrusifs, de se tromper, de soudain se retrouver responsables d’une rupture ou d’une démission. Sans oublier que ce n’est pas toujours si évident de se confier à eux - parce qu’on craint de les inquiéter ou de ne pas être compris·e, parce qu’ils sont impliqués, parce que c’est la 17ème fois qu’on leur en parle…

Si ça vous dit, le lien de la boîte à questions est à la fin de cette newsletter. Sentez-vous très libre, mais sachez qu’un peu de contexte sera toujours le bienvenu. À partir de septembre, j’en choisirai 1, 2 ou 3 chaque mois. Trop hâte de vous lire !

Aujourd’hui, je réponds à une première question qui m’a touchée autant par la finesse avec laquelle elle a été rédigée que l’écho qu’elle a trouvé en ma petite personne, étant passée par ce même flou existentiel.

Je me suis demandée 18 fois “non mais pour qui tu te prends ?” en répondant à cette jeune femme, mais j’ai décidé d’assumer à fond. Bien sûr, je compte sur vous pour prendre mes retours avec des pincettes : je ne suis ni psy, ni coach, je n’ai pas tout votre contexte et j’ai encore 14 ans d’âge mental sur certains sujets. Alors prenez tout ça comme un regard extérieur, rien de plus.

On y parle orientation professionnelle, envies plus ou moins contradictoires, comparaison, injonctions sociales, solitude tantôt choisie, tantôt subie… et grand flou de la vingtaine, aussi joyeux qu’inconfortable.

Bonne lecture !! 😘

Sophie Guerrive

Chère Loulou <3 Qu’est-ce que je vais faire de ma vie ?

J’ai coché toutes les cases. Bonne élève, classe préparatoire, école d’ingénieur prestigieuse.

A l’intérieur, rien n’allait, mais j’ai continué, je voulais terminer, j’avais trop donné pour. Je n’étais juste pas à ma place.

Et puis après avoir diplômé et travaillé pendant 1 an à Paris, j’ai tout quitté, sans savoir ce que je ferai après. J’ai préparé mon départ pour un nouveau pays où j’ai toujours rêvé d’habiter et je suis partie.

Arrivée ici, je dois tout “recommencer” : apprendre une langue, trouver un job, essayer de trouver l’amour. Je travaille dans un café depuis un an déjà. Je gagne une misère, et malgré la satisfaction d’avoir travaillé dur lorsque je m’écroule sur mon lit, épuisée, après 10 heures passées là-bas, je le sais aussi, je ne suis pas à ma place. Ce job n'est pas pour moi, il ne me satisfait pas intellectuellement et m'épuise physiquement. En plus, le poids des exigences sociales ne m’a pas quitté : je me compare à mes amies qui ont une bonne situation, un couple stable, et tout ce qu’on attend de quelqu’un de 28 ans, des gens qui “avancent” dans leur vie.

Et moi, je suis là, paralysée. Je pourrais trouver un job en data science où je gagnerais ici un salaire indécent, mais je m’en sens tout bonnement incapable. Et le reste, c’est juste le flou. Où aller, que faire, par où commencer ? Rien ne me semble valoir la peine. Et en même temps, je suis pressée par ce sentiment d’urgence que ma vie et ma jeunesse me passent sous le nez, à l’approche de la trentaine, que l’horloge biologique tourne, toutes ces choses qu’on nous ressasse sans cesse et qui ont peut être un fond de vérité.

Chère Loulou, au fond, ma question est la suivante : comment avancer dans cette vie sereinement alors que ma boussole interne est complètement bouleversée ? Comment savoir si je suis sur le bon chemin, dans le “vrai” ? Est-ce qu’il y a un “Gut Feeling” ? Est-ce que je devrais poursuivre ces rêves un peu fous qui m’épuisent et me grisent ? Ou me ranger et retrouver la raison, un salaire, un joli appartement, les choses d’une fille de 30 ans ? Et si non, comment lâcher prise par rapport à tout ce dont je rêvais avant (l’argent, le statut social, le couple parfait), ces choses que finalement je n’ai jamais réussi à avoir (et qu’au fond je convoite encore même si je sais que ça ne me rendrait pas heureuse) ?

Chère toi,

Un grand merci pour ta confiance, la sincérité et la finesse de ta question.

Tu t’en doutes si tu lis cette newsletter depuis un moment, mais ce que tu traverses résonne très fort avec mes questionnements post-études.

À 18 ans, je n’étais ni assez mûre, ni assez affirmée pour faire autre chose que suivre des rails. Après ma prépa, j’ai atterri en école de commerce, ce qui a marqué le début d’une petite suite de désillusions - vie sociale à part - que j’ai racontée dans cette longue newsletter. La seule chose dont j’étais certaine à ce moment-là, c’est que je n’étais à ma place ni dans ces études-là, ni dans le monde corporate auquel elles préparaient.

Quand mes amis se sont mis à chercher leur premier job, j’ai fait un refus d’obstacle. À la place du premier CDI, j’ai opté pour un plan très carré : “me laisser du temps” pour “tester des trucs”. Ça aurait pu se faire dans la joie et la bonne humeur, mais j’étais un petit paquet d’angoisses. Petite chenille désespérée de devenir papillon, j’enviais fort ceux qui semblaient savoir où ils allaient. Leur assurance, que je surestimais peut-être, me donnait à moi aussi l’impression que ma “boussole interne” était détraquée. Je passais de longues heures à écouter des podcasts sur l’intuition, sur la différence entre la peur et l’intuition, et me reconnaissais dans 100% des personnages féminins un peu paumés. J’avais l’impression d’un échec et d’un gros gâchis - constat pour le moins pessimiste, à même pas 25 ans.

Une partie de moi était trop fière, indocile et entêtée pour suivre le moindre conseil, une autre rêvait littéralement qu’on lui dicte quoi faire. Dans la série Fleabag, l’héroïne en fait la confession au prêtre qu’elle a rencontré (plus connu sous le nom de “The Hot Priest”) :

I just think I want someone to tell me how to live my life, Father, because so far, I think I’ve been getting it wrong. And I know that’s why people want someone like you in their lives, because you just tell them how to do it. You just tell them what to do and what they’ll get out of the end of it, even though I don’t believe your bullshit and I know that scientifically nothing that I do makes any difference in the end, anyway, I’m still scared. Why am I still scared? So just tell me what to do. Just fucking tell me what to do, Father.

Est-il utile de préciser qu’ils couchent ensemble dans la foulée ? 🔥

Excuse-moi pour cette intro un peu autocentrée, mais je voulais vraiment insister sur le fait que tu n’es pas seule. La vingtaine, c’est le temps de l’amour, des copains, de l’aventure peut-être, de l’émancipation bien sûr… Mais aussi celui des questions existentielles, des principes de réalité et des responsabilités. À commencer par celle de son petit destin. Pour ne rien arranger, on est persuadé que nos choix vont déterminer les 40 prochaines années. Alors quand en plus, on se sent en décalage avec ses études, son entourage ou son milieu…

Dans son livre The Defining Decade, la psychologue américaine Meg Jay parle de la déception de ses jeunes patients à propos de cette décennie dont ils avaient imaginé qu’elle ne serait qu’insouciance, plaisir et légèreté :

Behind closed doors, my clients have unsettling things to say : “ I feel like I’m in the middle of the ocean. Like I could swim in any direction but I can’t see land on any side so I don’t know which way to go” ; “"I can’t wait to be liberated from my twenties”; “Last night I prayed for just one thing in my life to be certain.”

Pour ma part, trouver une voie qui me ressemble m’a pris des années - et je crois qu’on n’a jamais vraiment fini de chercher. Il n’y a eu ni évidence, ni révélation : j’ai tenté des pistes, rebroussé chemin dans les impasses, accéléré la cadence lorsque je me suis sentie au bon endroit… Petit à petit, mon sens de l’orientation s’est affûté, la direction s’est précisée et j’ai fini par me sentir alignée. Ce qui ne m’empêche pas de me poser constamment plein de questions - rien n’est gravé dans le marbre.

Rien ne se fait en un claquement de doigts à notre rythme d’humains, ce qui est peut-être d’autant plus difficile à accepter à l’ère de l’IA et du tout-optimisé. Trouver son truc prend du temps. Parfois moins, parfois plus que les autres : chacun son rythme et ses priorités. Il n’y a pas si longtemps, la coach Léa Audrain me rappelait que beaucoup de reconversions pro s’étalent sur des années.

La bonne nouvelle, c’est que malgré des déceptions dont on se passerait bien, tous les détours sont enrichissants. C’est plus facile à dire aujourd’hui, mais je ne regrette ni d’avoir fait une école de commerce, ni d’avoir commencé (et abandonné) une école de théâtre, ni d’avoir naïvement envisagé de devenir illustratrice. Désolée de formuler ça comme un chatbot de cabinet RH, mais ces expériences m’ont permis de gagner en ouverture d’esprit et en capacité d’adaptation. Et puis les échecs, les petites errances de la vie… c’est rarement agréable sur le moment, mais je pense que ça fait gagner en humilité et en empathie.

Sans demander la permission, tu as tout plaqué pour ouvrir un nouveau chapitre dans ce pays qui te faisait rêver. Tu en parles comme si tu étais partie en colo de surf, mais il faut beaucoup de courage et de liberté pour braver FOMO, peur de l’inconnu et peur de la solitude. N’empêche que ça ne te suffit pas et que ta boussole, pas si détraquée que ça, t’indique ton besoin d’être plus stimulée par ton taff. Et que “data scientist”, pour des raisons qui t’appartiennent, ce n’est pas pour toi. C’est pas ça, ce qu’on appelle un “gut feeling” ?

Il y a quelque chose d’apaisant à admettre qu’on ne vivra pas toutes les vies qu’on aurait aimé vivre. Comme le disait récemment Garance Doré à propos de sa non-maternité : “c’est OK d’avoir des regrets, on en a tous”.

Néanmoins, ça n’empêche pas d’essayer d’en avoir le moins possible. Prendre conscience que l’on se sent un peu désaligné·e, frustré·e, insatisfait·e, c’est un point de départ. On peut aussi se demander “qu’est-ce que le moi de dans 10 ans aimerait que je fasse, là maintenant ?” Tu parles de “toutes ces choses” que tu n’as “jamais réussi à avoir” comme si tout était joué, mais tu n’as pas 93 ans ! 😉 Pas de raison de procrastiner, mais tu as le luxe du temps, sur tous les fronts.

Bien sûr, il est très paralysant de ne pas savoir par où commencer. La bonne nouvelle, c’est que ça ne peut devenir que plus facile. La masse inerte d’une voiture immobile est difficile à déplacer, et les premiers mètres demandent d’appuyer fort sur l’accélérateur - l’inertie, on en sort au forcing. Mais une fois que ça roule, ça roule. L’action appelle l’action, comme on dit.

Sans doute vaut-il mieux commencer par la décision la plus simple, celle qui te demande le moins d’énergie ? Au risque de vous causer à tous une overdose de métaphores de développement personnel, ça me rappelle une jolie image de Clotilde Dusoulier dans un épisode de son podcast :

Si vous vous trouvez face à un arbre fruitier rempli de fruits mûrs, commencez par cueillir les fruits à portée de main, faciles à cueillir, avant de sortir la grande échelle. Au lieu de choisir la difficulté, commencez par le problème d’alignement qui vous demandera le moins d’efforts à corriger.

Peut-être peux-tu déjà te fixer sur un point. Souhaites-tu rester vivre dans ce pays qui t’attirait tant ? Si oui, c’est tout à ton honneur d’avoir accepté un boulot alimentaire pour t’y installer. Maintenant, tu peux penser à la suite. Peut-être sens-tu au contraire que cette parenthèse touche à sa fin. Dans les deux cas, trancher sera nécessaire pour cadrer tes recherches.

Pour ce qui est de tes questions d’orientation, que penses-tu de t’accorder un petit temps d’exploration ? Par exemple, en te laissant tenter par des expériences qui te font envie, sans te dire que tu dois avoir trouvé ton métier passion à la fin du mois. Un sujet à creuser, une formation qui t’intrigue, des personnes qui t’inspirent, une mission de bénévolat qui te fait de l’œil, ou même un job en freelance pour tester un secteur sans t’engager… Quand on est à court d’inspi, toute expérience est bonne à prendre pour se rappeler ce qu’on aime faire, et ce qu’on fait bien. Personnellement, chercher trop vite des réponses m’a toujours stressée et inhibée.

Au passage, je te conseille cette interview de la philosophe Sophie Galabru, hyper juste et décomplexante, dans le podcast Les Lueurs. Elle parle de notre rapport au temps avec beaucoup d’intelligence et de sensibilité.

Tu as aussi le droit d’avoir envie de trouver un job rapidement, bien sûr. Mais n’hésite pas à te faire accompagner si tu te sens un peu perdue face au lot de questions que ça fait émerger. Coaching, bilan de compétences, soutien de personnes bienveillantes, à l’écoute et expérimentées… Le potentiel épanouissant d’un boulot reposant sur une combinaison de facteurs, beaucoup de gens ont besoin d’un cadre rassurant et d’échanges pour se motiver, prendre confiance, se mettre en action et viser juste. Je n’ai pas fait d’étude de marché, mais je pense au parcours Chance, à l’accompagnement de Léa Audrain dont une amie est ravie, au coaching de Sonia Benyahia qui a l’air super… Et si ta cagnotte CPF ne le permet pas, si tu n’as pas envie de quelque chose d’aussi engageant, je suis sûre qu’il existe plein de ressources gratuites et de personnes qui seront prêtes à t’aider si tu le leur demandes.

Pour ma part, tester des trucs m’a permis de faire des pas de géant, mais je n’en serais peut-être pas au même point si je n’avais pas poncé des podcasts et des bouquins, fait tous les tests possibles et imaginables en ligne, vu une psy pendant 6 mois et participé à des ateliers de discernement pro.

Enfin, rappelle-toi que ce n’est pas une course, même si la vingtaine donne cette impression de vies à plusieurs vitesses. Il est d’autant plus normal de se comparer à l’ère des réseaux sociaux, qui nous renvoient tous les jours la version filtrée, lissée, idéalisée de la vie des autres. Mais essaye de garder en tête que c’est du storytelling. Et que ce qui compte, ce n’est pas “toi vs les autres”, c’est juste toi.

Je dis ça en sachant combien ne pas rentrer dans la norme peut peser - on a le même âge et on évolue sans doute dans le même milieu. L’imaginaire d’une vie “installée” associé à la trentaine, la multiplication des mariages, l’annonce des premiers bébés, la question anxiogène de l’horloge biologique pour les femmes… Tout ça n’aide pas à se détendre, même quand on n’est pas 100% sûr·e d’y aspirer. Mais au fond, personne n’est assigné à ce grand escalator de la vie et cet enchaînement linéaire d’étapes.

Le risque, c’est que ce stress te force à cocher des cases qui ne sont pas les tiennes. Le but n’est pas de suivre un mode d’emploi impersonnel, mais d’aller vers ce qui te rend heureuse et vivante. Je ne dis pas que ce bonheur-là n’impliquera pas un couple et/ou des enfants et/ou un joli appartement, hein. Mais tu es l’unique maîtresse du jeu : c’est toi qui décides des étapes, du timing et des modalités. Faire les choses à ta manière sera bien plus rigolo, même si ça exige de se demander ce que ça veut dire, “à ta manière”. Accepte la grande aventure d’être toi, comme disait Simone !

Cette liberté que tu as aujourd’hui, tu peux la voir comme un manque ou comme une chance. Je n’ai pas trop de leçon à donner : assez anxieuse de nature, je me suis souvent raccrochée à un mec comme une moule à son rocher. Je me disais aussi qu’à trop tarder, tous les bons seraient pris. Une impression déformée de la réalité : on n’est pas dans un jeu de chaises musicales, et surtout pas à notre époque. Sans regrets, on fait comme on peut. Mais il est indéniable que j’ai investi un temps fou dans des relations qui, au final, se sont toutes terminées.

Pourquoi je suis aussi heureuse et sereine depuis ma dernière séparation ? Mystère. En tout cas, pour la première fois, je réalise la chance que j’ai d’être célib’ à un âge où je me connais, où je me fais confiance, où je suis bien moins sensible au regard des autres et aux injonctions, où je m’écoute. Je savoure les soirées en tête à tête avec un film ou un bouquin, les festivals où pécho est devenu le cadet de mes soucis, les petites ambigüités dont je me délecte sans fantasmer tout de suite de grandes histoires d’amour… J’ai enfin prévu la semaine de marche solitaire que je repousse depuis des années, et la perspective des paysages vallonnés et de soirées lecture à la lampe frontale me réjouit tout autant que la rencontre fortuite d’un bel homme des bois.

Je ne dis pas que le couple ne doit pas être un objectif - j’y aspire toujours - mais qu’il m’a fallu du temps pour apprécier pleinement ma propre compagnie. Bien sûr, je peux ressentir une pointe d’envie quand je croise de beaux couples d’amoureux. Mais je me sens aussi sincèrement chanceuse de vivre la période que je vis, ce que je n’aurais pas imaginé il y a 2 ou 3 ans. Je ne cherche plus à combler un vide ou à fuir quoi que ce soit. Et je sais que cet état-là est sans doute le meilleur point de départ pour construire une saine et belle relation avec quelqu’un que j’apprécierai pour ce qu’il est, et non plus comme un fantasme ou un échappatoire.

Autre chose : tu n’as pas à choisir entre une vie bohème en freestyle, excitante mais précaire, instable et stressante… et une vie de bourgeoise bien comme il faut, rassurante sur le papier mais qui te fait bâiller d’avance. Pourquoi te limiter aux options A et Z quand tu as accès à toutes les lettres de l’alphabet ? Comme le rappelle souvent Esther Perel, on a tous besoin, à différents degrés, de cadre et d’aventure, de confort et de frissons, de sécurité et de risque.

Tu as l’air d’avoir des intuitions fortes sur ce qui te nourrit et te rend heureuse. Alors fais-toi confiance, même si tu ne peux pas tout expliquer rationnellement. Tu n’as pas à nier en bloc l’un ou l’autre des pans de ta personnalité.

Ceci dit, je ne résiste pas à te recommander les trois tomes d’Émotions, mode d’emploi, une bande-dessinée adorable et hyper pédagogue que m’avait conseillée ma psy. Je n’ai jamais rien lu d’aussi clair sur le fonctionnement des émotions et les besoins qu’elles viennent pointer du doigt.

Si jamais tu trouves mes conseils complaisants et mollassons, je te conseille le livre de Meg Jay. Il peut sonner un peu alarmiste, parfois un brin tradi (à l’américaine), mais j’avais aimé sa posture confrontante, pragmatique et structurante. Cette psy américaine, spécialisée dans l’accompagnement des “twentysomethings”, encourage ces derniers à ne pas attendre leurs 30 ans pour se confronter à “la vraie vie”. Chaque chapitre - identité, travail, amitié, relations, couple, réseaux sociaux… - est nourri d’exemples très concrets issus de ses séances. Tu peux aussi écouter son Ted talk ou regarder le résumé vidéo de la youtubeuse Unjaded Jade.

Et si Meg Jay te stresse, pense à cette phrase d’un certain Alphonse Allais : “Ne nous prenons pas trop au sérieux, il n’y aura aucun survivant !”

Chère lectrice, encore merci pour cette belle question. Je ne sais pas si c’est le retour que tu espérais, j’espère au moins ne pas avoir été maladroite ou donneuse de leçons. Dans tous les cas, je te souhaite de te confronter à tous ces défis avec curiosité, confiance et douceur.

Et puis bien sûr, plein de très belles choses pour la suite, et un super été ! ❤️

Clémence Trossevin
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